Dossier :

– Vendredi Saint–

 


CHEMIN DE CROIX – VENDREDI SAINT – 14 AVRIL 2017

La croix, chemin d’humanité

Méditation par Isabelle de Gaulmyn,

rédactrice en chef du journal La Croix

1re STATION
JÉSUS EST CONDAMNÉ À MORT
« Pilate leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu’il soit crucifié. » (Mt 27, 26)

A priori, cela a tout d’un jugement. Un procès, des témoins, un juge, et une décision. Est-ce là la justice ? Pilate a pourtant éprouvé des doutes ; sa femme elle-même a fait ce rêve montrant l’innocence de Jésus, et il n’y a pas été insensible. Pilate n’est pas totalement mauvais, mais il est indécis. Il ne veut pas faire de vagues, préserver la tranquillité de tous, ne pas s’attirer d’ennui.
Combien de fois sommes-nous nous aussi coupables de ces petites trahisons, de ces indécisions qui font le lit des plus grandes violences ? Lorsque nous n’osons nous pas nous mettre en travers de la misère, que nous refusons de voir sur notre chemin les corps sales, sous les couvertures grises. Nos yeux glissent sur leurs silhouettes, évitent les regards, passent comme s’ils n’existaient pas. En France, l’an dernier, 497 personnes sont mortes dans la rue. Comme Daniel, 58 ans, du quartier de Belleville, mort un 13 octobre. Il portait un chapeau de cow-boy, aimait les films d’horreurs et de Bourvil, et aussi le rock ; Gilles, dit Jésus, 50 ans, retrouvé mort à l’angle des rues Meslay et rue du Temple, un 8 juillet, dans le troisième arrondissement de la capitale. Fered, encore, 20 ans, jeune migrant originaire du Soudan, mort un 8 décembre, route des Gravelines, à Calais. Ou la petite Michaela, un an, dont le corps a été retrouvé dans un cabanon, avenue Oscar-Lambret, au bord du périphérique sud, faubourg de Béthune, à Lille.
Ils hantent les couloirs de nos métros et les trottoirs de nos rues. Il est si facile de ne rien faire, écrasés par ce sentiment d’impuissance, qui nous exonère d’agir. « Où est ton frère ? » La question adressée à Caïn vaut pour chacun de nous. « Aujourd’hui personne dans le monde ne se sent responsable ; nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle », s’écriait à Lampedusa le pape François. Il parlait alors de cette culture du bien-être, qui nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon, qui sont belles, mais ne sont rien : « Elles sont l’illusion du futile, du provisoire, illusion qui porte à l’indifférence envers les autres. Dans ce monde de la mondialisation, nous sommes tombés dans la mondialisation
de l’indifférence ».

Parfois, comme la femme de Pilate, un rêve nous habite, un doute nous prend : et si nous pouvions avoir le courage d’entendre les cris, de remettre en cause l’ordre qui provoque une telle misère ?

Prions
Seigneur Jésus, toi qui ne condamnes personne, viens en aide à tes frères. Viens ouvrir nos yeux et nos coeurs.


2e STATION
JÉSUS PREND SA CROIX
« Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête, ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient en lui disant : "Salut, roi des Juifs." » (Mt 27, 27-28)

Une croix et une couronne d’épine, ce n’est pas bien cher comme ornements. Les pharisiens peuvent respirer. En chassant les marchands du temple, Jésus mettait en danger leurs richesses.
Quelle est la vraie couronne ? Celle après laquelle courent nos hommes politiques est faite des honneurs, de l’argent, du pouvoir. Elle les entraîne dans un désir effréné d’être vu, multipliant selfies et tweet, dans une liaison narcissique avec les médias. Savons-nous exiger de nos responsables qu’ils puissent discerner les vraies couronnes, celles qui les mettent à la hauteur de leur responsabilité du bien public ? Nous sommes dans une démocratie aujourd’hui envahie par le doute et la suspicion à l’encontre du politique. On accuse, on met au pilori sans jugement. Plus personne ne croit plus personne. Les vies sont déballées, dans ce qu’elles ont de plus intime. Et pourtant, jamais on n’a autant caché… Plus grave, la parole publique a perdu toute sa valeur, nous sommes entrés, dit-on, dans l’ère de la « post-vérité », ce qui n’est qu’une autre manière de parler de mensonges. La politique a quitté le monde de la raison. Lorsque l’on devient incapable de séparer le faux du vrai, la victoire va aux vendeurs de songes et d’illusion : peut-on se résoudre à voir notre vie politique se muer en un immense jeu de poker menteur ? Jésus, ta couronne n’avait pas de pierres précieuses, juste des épines. Protège-nous de la violence causée par l’appât du pouvoir en politique, permets-nous de reconnaître les vraies couronnes, celles qui ne brillent pas, dans l’obscurité de notre vie publique.

Prions
Seigneur Jésus, donne-nous la force de porter notre croix à ta suite, comme tu nous l’as demandé.


3e STATION

JÉSUS TOMBE À TERRE

Le chemin est étroit et sinueux, qui mène au calvaire. Jésus porte lui-même sa lourde croix, et l’Église a conservé la mémoire que Jésus est tombé à terre, sur ce chemin.

Nous sommes, nous aussi souvent à terre, abattus par les mauvaises nouvelles, les incertitudes de la vie internationale. Les attaques terroristes, la victoire d’un Donald Trump, le chômage, la montée des haines en Europe, les migrants qui fuient leurs pays pour venir chez nous. N’avons-nous pas cette tentation de nous laisser aller à la peur ? Nous restons à terre, paralysés par l’angoisse, plutôt que d’oser prendre le temps d’un nécessaire discernement. Dans les sociétés de l’information en continue, où l’on s’abrutit chaque jour de kilomètres de nouvelles crachées sans retenue, nous devenons voyeurs malsains de toutes les misères du monde. Nous nous laissons engloutir par l’angoisse, dont les réseaux sociaux se font la caisse de résonance. Ne sachant voir, à côté de nous, la bonne nouvelle, celle à même de redresser un peu le monde.

Prions
Jésus, parce que tombé à terre, tu es capable de nous remettre debout.


4e STATION
JÉSUS RENCONTRE SA MÈRE
La tradition nous dit que Marie était sur le chemin où son fils portait la croix.

« Vous n’aurez pas ma haine », a écrit, après les attentats du 13 novembre, un homme qui venait de perdre sa femme. « Vendredi soir, vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a faits à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur. Alors non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. » Vous n’aurez pas ma haine, semble dire le silence de Marie, qui refuse d’entrer dans la spirale de violence. Qui accepte cette dépossession- là, la plus douloureuse des dépossessions pour une mère. Vous n’aurez pas ma haine, affirme aussi Latifa Ibn Ziaten, la mère d’un soldat tué par Mohamed Merah en 2012, qui va dans les écoles promouvoir la paix et le dialogue, parce que, dit-elle, « la haine contre la haine, cela ne donne pas grand-chose, cela fait encore de la haine. »

Prions
Marie, demande pour nous une humanité aussi vraie que la tienne.

5e STATION
SIMON DE CYRÈNE AIDE JÉSUS À PORTER SA CROIX
« Ils prirent un certain Simon de Cyrène (le père d’Alexandre et de Rufus) qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus ». (Lc 23,26)

Collaborateur de Dieu, ils sont nombreux, à porter, en toute discrétion, la croix derrière le Christ. Jamais devant. L’Église est remplie de ces chrétiens discrets, héros invisibles, hommes et femmes qui donnent de leur temps pour accueillir, aider, nourrir, réchauffer. Veilleurs de l’hospitalité… Ce sont ces retraités qui passent des nuits à écouter, au téléphone, la détresse de ceux qui sont au bord du trou. Les jeunes des Maisons Saint-Lazare, à Paris, qui partagent toit et galères avec des personnes de la rue. Alain qui verse le café, chaque matin, aux clochards du quartier. Jane, anglaise de Marseille, qui scolarise les enfants des bidonvilles de la cité. Ce sont ces pèlerins de l’automne 2016 de Fratello, partis dans leur drôle de groupe, improbable, à Rome, sans que l’on ne puisse plus, au bout, distinguer ceux qui ont un logis de ceux qui n’en ont pas… Ils sont chrétiens. Parfois, ils ne le sont pas. Sur le terrain, loin des bruits de l’actualité, ils cherchent simplement à maintenir le lien. Sans eux, la France aurait déjà craqué. Ils ne se vantent pas. Ils restent derrière, comme Simon de Cyrène. Et comme lui sans doute, ils seraient surpris que l’on fasse d’eux des héros, coopérateurs au Salut du monde.

Prions
Seigneur, aide nous à porter ta croix, sur les mêmes chemins que toi.

6e STATION
VÉRONIQUE ESSUIE LE VISAGE DE JÉSUS
Véronique, l’une des femmes qui faisaient partie du groupe des disciples de Jésus, essuya, dit-on, le visage du condamné avec un linge qui resta marqué de ses traits de Serviteur Souffrant. C’est une femme qui approche le plus près du visage du Christ. Ce sont des femmes, aussi, qui seront les premières, témoins de sa résurrection. Des femmes de devoir, silencieuses, que l’on n’entend jamais, ou si peu, dans l’Évangile. Véronique ne crie pas, ne pleure pas. Elle fait le même geste que l’infirmière auprès d’un mourant, à l’hôpital, le geste qui soulage, discrètement.

Elles sont trois religieuses, qui se trouvaient auprès du Père Hamel, au moment de son assassinat. Soeur Hélène, infirmière justement. Soeur Huguette et soeur Danielle. Trois religieuses, comme quelques centaines d’autres, en France, qui, avec des laïques consacrées, ont fait le choix de consacrer leur vie aux plus humbles. Religieuses rencontrées dans les HLM des banlieues de Paris, religieuses visiteuses de prison, ou bien celles encore qui partagent les baraquements de gitans et gens du voyage. Ces femmes sont aujourd’hui âgées, en voie de disparition dans l’Église. Discrètes, une petite croix autour du cou, cheveux gris sur vestes grises, personne ne les remarque. Elles n’ont jamais théorisé leur mission, elles ne se plaignent d’ailleurs pas, ce n’est pas le genre de leur maison. Elles restent au fond des églises, au service, rarement mises en valeur. Nous n’avons pas su leur donner la considération qu’elles méritaient, et aujourd’hui, elles disparaissent silencieusement de nos paroisses. Aurons-nous demain, encore, des religieuses pour essuyer les visages de l’humanité blessée.

Prions
Seigneur, rend nous attentifs à toutes celles qui, dans l’Église, en silence, savent encore essuyer ton visage. Afin que nous puissions à notre tour te rencontrer et montrer au monde ton image.

7e STATION
JÉSUS TOMBE POUR LA DEUXIÈME FOIS

L’Église a gardé le souvenir de cette deuxième chute. Malgré l’aide de Simon de Cyrène, Jésus ne parvient pas à tenir sous la fatigue, les insultes et les coups.

Pourquoi faut-il qu’il tombe une seconde fois. Une nouvelle fois, plus bas que nous. Que veut-il nous dire ? Il va chercher au plus profond de nos violences, pour mieux nous montrer toute la vanité de notre orgueil. Notre prétention à croire détenir les clés de la vie, pour en décider. Enfants achetés dès avant le ventre de leur mère, programmés, et vendus en fonction de l’offre et de la demande. Fermés dans notre égoïsme d’adultes gâtés, nous avons consacré au culte du dieu de l’argent jusqu’à donner une valeur marchande à la vie elle-même. Au nom de la liberté de disposer du corps, du sien et de celui des autres, du droit à tout acquérir, tout acheter, y compris la vie. Un marché se met en place, le marché des bébés, où l’on exploite sans vergogne la misère des femmes pauvres, amenées à produire des enfants d’un père qu’elles n’ont jamais vu. Enfants qu’elles ne verront plus jamais, contraintes de vendre le fruit de leurs entrailles. Griserie de l’homme qui pense dominer les liens de la nature et de la biologie, et insouciance de l’adulte qui se prépare une descendance privée de parents. La souffrance d’un désir d’enfant non satisfait est réelle. Mais le prix doit-il être si élevé ? Dans la chute de Jésus apparaît son abaissement volontaire pour ôter notre orgueil. « Dans cette rébellion contre la vérité, dans cette tentative d’être nous-mêmes des dieux, d’être créateurs et juges de nous-mêmes, nous tombons et nous finissons par nous détruire nous-mêmes », disait Benoît XVI.

Prions
Seigneur, parce que dans notre chute nous avons humilié la dignité de l’homme, aide-nous à nous relever de nouveau.

8e STATION
JÉSUS PARLE AUX FEMMES DE JÉRUSALEM
« Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants. Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, qu’en sera-t-il de l’arbre sec ? » (Lc 23,28 ; 31)

Jésus sort de son silence. Une phrase prononcée, pour réajuster notre chagrin
.
« Soyons ensemble les derniers à pleurer ». C’était le 26 juillet dernier, quelques heures après l’assassinat du père Jacques Hamel par deux jeunes djihadistes. Ces mots, prononcés d’une voix tremblante par un maire les yeux remplis de larmes, avaient ému. Hubert Wulfranc, communiste, et maire de Saint-Étienne-du-Rouvray, ne
pleurait pas sur le prêtre. Il pleurait sur sa ville, sur les heures passées à construire des écoles, des terrains de jeu, à se battre pour que les gamins de cette banlieue populaire soient éduqués, et les familles aidées. Il pleurait sur le constat de l’échec de l’intégration, de notre échec à tous. Il pleure sur cette haine stupide, inutile, de jeunes sans boussole, que personne n’a vu grandir, et qui s’est achevée dans le sang, sur le parvis d’une église. Qui pleure ainsi, aujourd’hui, dans le monde

Prions
Demandons au Seigneur la grâce de pleurer sur notre indifférence, de pleurer sur la dureté de notre coeur, sur notre complicité avec le mal. Ne permets pas que nous restions là comme un arbre sec.

9e STATION
JÉSUS TOMBE POUR LA TROISIÈME FOIS
La mémoire du peuple conserve le souvenir d’une troisième chute de Jésus, sur ce chemin du calvaire.

Une troisième chute, parce que Jésus sait que nous tombons et retombons sans cesse. Et que lui est prêt à venir, et revenir encore, nous tirer et nous redresser, au plus profond de notre mal. Une troisième chute, comme la troisième fois où Pierre a trahi le Christ, comme notre Église qui a trahi son message, lorsqu’elle n’a pas su écouter les victimes de prêtres pédophiles. Cette année, tant de douloureuses affaires sont remontées à la mémoire de victimes, posant avec acuité la question de la responsabilité de l’Église, mais aussi celle de notre responsabilité collective. Scandale des agressions commises par ceux-là mêmes qui ont fait don de leur vie pour le Christ. Scandale des complicités. Scandale, enfin, du silence, ce silence meurtrier de toute une communauté, qui a refusé de voir. Combien il a été difficile à l’Église d’aller devant les victimes, de leur parler, et de demander pardon. Olivier, par exemple, agressé à Lyon par le père Preynat alors qu’il avait 8 ans. Et qui, devenu moine, n’en finit pas, trente ans après, de pleurer son enfance meurtrie, et de chercher à comprendre… Les évêques ont trouvé le courage, en novembre, à Lourdes, de demander pardon pour « leur silence, leur passivité ou leur difficulté à comprendre la souffrance des victimes, par volonté de sauvegarder l’image de respectabilité de l’Église ou par peur du scandale ». Ils ont su trouver les mots pour parler aux victimes et aux fidèles.

Prions
Sachons nous aussi trouver le courage spirituel nécessaire pour combattre les structures du mal nichées à l’intérieur même des structures de l’Église.

10e STATION
JÉSUS EST DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS

Avant de crucifier Jésus, ils lui arrachent ses vêtements. Ensuite, ils prirent ses vêtements, ils en firent quatre parts, une pour chacun.

L’Homme est nu, exposé au regard. Il n’y a plus d’intimité, plus de pudeur. Jésus est dépouillé de ses vêtements, ces vêtements qui donnent à l’homme sa position sociale. Dépouillé de tout statut, comme le sont nos vieillards, abandonnés dans des maisons de retraites, livrés sans pudeur au personnel de soin. Tristes, la tête penchée sur le cou, le regard un peu perdu devant des postes de télévision désespérément allumés. Ils attendent. On les cache, car on ne montre plus l’extrême vieillesse. On aimerait interrompre ces vies, sous prétexte de soulager, alors que c’est notre propre angoisse que nous voulons soulager, devant la dégradation des corps. Leur existence est un scandale dans une économie programmée pour l’efficacité. Notre société vieillit, le nombre des personnes âgées augmente, et pourtant nous les cachons de plus en plus nous les considérons comme un poids, une charge. Nous les mettons au rebut, par peur de la faiblesse et de la vulnérabilité. « Une civilisation où il n’y a pas de place pour les personnes âgées est une société qui porte en elle le virus de la mort », nous dit le pape François. Tu as dit, Seigneur, « ne soyez pas inquiets pour vos vêtements. Le corps ne vaut-il pas plus que le vêtement ? Le père céleste vous vêtira ».

Prions
Seigneur, aide-nous à savoir regarder la vieillesse avec toute sa richesse, à accepter la déchéance et la dépendance, celle de nos proches, et la nôtre.

11e STATION
JÉSUS EST CLOUÉ SUR LA CROIX

« En même temps, on crucifie avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête. “Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix !” » (Mt 27,38-40)

La cruauté laisse Jésus en silence. Peut-être en prière… Quelle attitude face à la cruauté ? En juillet dernier, des millions de personnes ont jugé insoutenable l’assassinat d’un vieux prêtre sans défense et dans son église alors qu’il célébrait l’eucharistie. Un crime abject par le lieu choisi, la personne, mais aussi par la haine, à l’état pur, qui pouvait transparaître des motivations des jeunes assaillants. Quel contraste, pourtant, entre la force spirituelle de ce prêtre, à la santé sans doute fragile, et la déviance des jeunes agresseurs en pleine force de l’âge ! Le père Hamel, c’est une vie d’humilité, et une longue fidélité dans le ministère ordonné de base, au service des habitants les plus pauvres de Rouen. La charité qu’il a prôné toute sa vie fut son meilleur rempart contre la violence qui peut envahir le coeur de l’homme, contre la perversion totale que représente un crime commis dans la haine de la foi, et se réclamant du nom de Dieu. Comme le notait quelques jours après le pape François, « au coeur de ce moment terrible, de cette tragédie, le père Jacques Hamel n’a pas perdu la lucidité pour dire le nom de cet assassin, il a dit clairement : “Va-t’en Satan” ».
Satan, véritable auteur de ce geste. Comment se protéger contre ceux qui, aujourd’hui, ici ou en Syrie ou en Irak, s’en font les instruments ? Comment garder la douceur, le silence, face à tant de haine. « C’est insupportable, mais nous n’allons pas prendre les armes », déclarait Mgr Lebrun, archevêque de Rouen, le jour même où il apprend le drame. Quelques jours après, des catholiques invitaient des musulmans dans les églises, en signe de paix. « C’est dans le secret de notre coeur que nous avons à dire “oui” ou “non” à Jésus, “oui” ou “non” à son chemin de vérité et de paix, “oui” ou “non” à la victoire de l’amour sur la haine, “oui” ou “non” à sa résurrection », dira encore l’évêque lors de la messe des funérailles.

Prions
Seigneur, aide-nous à trouver, au fond de nos coeurs, le courage de prononcer des paroles et des gestes de paix.

12e STATION
JÉSUS MEURT SUR LA CROIX
« Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. » (Mt 27,50)

Silence, face à la mort, face à une telle violence, devant le cadavre d’un être aimé. « Il y a des biens si grands que notre coeur doit se rompre pour leur donner accès », écrit Maurice Zundel.
Jésus, tu nous avais dit si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. S’il meurt, il porte beaucoup de fruits ».

Prions
Seigneur Jésus, tu as offert ta vie pour que nous vivions. Tu donneras sens à nos épreuves et à notre mort.

13e STATION
JÉSUS EST DÉTACHÉ DE LA CROIX ET REMIS À SA MÈRE

« Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. » (Mt 27, 55) Un petit reste. Des hommes et des femmes sont toujours là, au pied de la croix. Malgré le pouvoir de la haine, Jésus n’est pas resté seul.

En Irak, des chrétiens ont aussi choisi de rester, envers et contre tout. Quelle signification cela prend-il, dans ce pays devenu majoritairement musulman, avec des voisins parfois coupables des pires exactions ? Les chrétiens d’Orient ne sont plus qu’une poignée. Mais ils manifestent le droit de prier dans leur religion, de se retrouver, de vivre en chrétien, dans cette terre désormais ensanglantée par les meurtres de leurs proches. « La cathédrale de l’Immaculée conception de Karakoch, dans laquelle j’ai célébré la messe dimanche, est dans un état à faire pleurer. Tout est brûlé, brisé, l’autel a été cassé : les gens de Daech n’ont vraiment aucune conscience, aucune civilisation. Pourquoi ont-ils fait cela ? », confiait en novembre dernier Mgr Petros Moshells. Dans les ruines de la ville chrétienne, le plus émouvant, racontait-il, fut de retrouver deux femmes âgées « qui n’avaient pas réussi à s’enfuir à l’été 2014 et qui ont survécu pendant tout ce temps à Karakoch, avec Daech ». Deux femmes, qui, à leur manière, ont permis que la plaine de Ninive ne garde pas seulement le souvenir de Jonas dans ses pierres, mais aussi dans son âme.

Prions
Seigneur, que ces paysages bibliques continuent à entendre les prières de ces femmes et ces hommes, chrétiens d’Orient. Pour que le grain de blé ne meure pas, sur ces terres où il a vécu.

14e STATION
JÉSUS EST MIS AU TOMBEAU

« Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul neuf, et il le déposa dans le tombeau qu’il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. » (Mt 27, 59-60)

Un tombeau, dans la solitude de ce jardin, déserté en période de fête juive. Comment ne pas être saisi par le vide, troublé devant l’ampleur de cet échec Comment vivre les sombres projections pour l’avenir de notre Église ? La diminution des fidèles, les bancs désertés par les jeunes, l’absence de vocations de prêtres, de religieuses. Nos jeunes, demain, auront-ils encore un contact avec le Christ ? Les structures fragiles du catholicisme, en France, semblent prêtes à tomber, à s’effriter en poussière. Nous vivons un douloureux exil intérieur, sans comprendre l’évolution de notre Église.
Dans l’église où officiait le père Hamel, ce matin-là de juillet, il n’était qu’une poignée de catholiques. Des personnes âgées, toutes, autour d’un prêtre, lui aussi âgé. Une célébration sans doute réduite à sa plus grande simplicité, ni chants, ni orgue… Il y a, tous les matins, des milliers d’églises en France, où sont ainsi célébrées des messes, par des prêtres âgés, et pour des personnes âgées… Mais l’horrible meurtre a entraîné en France, et au-delà de la France, une émotion considérable. Il a montré combien notre pays restait attaché à ses prêtres, à ses communautés de priants. Que ce catholicisme anonyme, caché derrière les barres des immeubles des quartiers populaires de banlieue, avait un prix. La mort du père Hamel, si odieuse soit-elle, nous dit que là, tout proche de nous, aussi, le grain de blé n’est pas resté dans la terre. Même si parfois, il nous est si difficile de le voir, avec nos vues d’hommes… Le Dieu caché est cependant le Dieu vivant et proche.

Prions
Seigneur Jésus, que ta résurrection montre au monde la victoire de l’amour et de la vie, toi qui règnes pour les siècles des siècles.

  • INFOS PRATIQUES
    • À l’issue du chemin de croix, des prêtres se tiennentà votre disposition dans l’église pour le sacrement de réconciliation.
    • La quête sert à couvrir les frais d’organisation du chemin de croix.
    • Pendant la procession, la croix est escortée par des chevaliers de l’Ordre de Malte (au service des pauvres et des malades dans le monde entier).