EDITO : Par le père François d'Antin, curé de la paroisse Saint Pierre de Chaillot

Choisir qui est son Dieu

Père François d'Antin,
curé de la paroisse

L’histoire se passe à Paris. C’est celle d’un professeur de philosophie du lycée Jules Ferry, typique de sa génération, pur produit de mai 1968, assez nihiliste mais bien installée dans la vie. On voit l’actrice se balader boulevard des Batignolles, au jardin du Luxembourg ou dans le XIXe arrondissement où elle habite. Vous aurez reconnu l’héroïne du film L’avenir. La tendresse semble avoir déserté son univers. Dans ce milieu hyper-instruit, un savoir sophistiqué s’efforce de combler le vide existentiel. Au long du film, ce petit univers s’effondre. Son mari la quitte, les enfants prennent leur envol, sa vieille mère meurt, son meilleur élève, sa fierté, la laisse tomber. Elle traite tous ces évènements avec une indifférence affichée. Mais quand elle est seule, elle pleure bien quelques larmes. Que reste-t-il à l’être humain qui perd tout ce qui faisait sa vie ? Il ne lui reste que son humanité. Or, c’est là son point faible. Dans cet univers déprimant, la naissance d’un petit-fils, naissance à laquelle elle ne s’était pas préparée, va faire renaître notre héroïne.
Cette histoire pourrait être le reflet de notre monde qui voit sans s’émouvoir ses perspectives d’avenir s’éclipser, notre monde qui a si bien renoncé aux avenirs radieux qu’il ne désire même aucun avenir. Car notre humanité n’arrive pas à croire en sa bonté. Elle doute d’avoir apporté sur la planète quelque bienfait. Elle n’est pas sûre que la vie vaille la peine d’être vécue. C’est alors qu’un avenir impensé nous tombe du ciel, avenir qui dépasse tous nos petits projets à court terme. Cet avenir inattendu et pourtant si profondément espéré, refoulé tant il est espéré, nous vient sous la figure d’un nouveau-né. Car c’est l’enfant qui va mobiliser nos énergies, nous faire vouloir un monde meilleur, nous donner enfin de chercher d’abord à faire grandir l’humain..